Maurice Leblanc - Les confidences d'Arsène Lupin.pdf

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Maurice Leblanc
LES CONFIDENCES
D'ARSÈNE LUPIN
Nouvelles (1913)
Table des matières
– 2 – L'anneau nuptial ...........................................................33
– 3 – Le signe de l'ombre ...................................................... 60
– 4 – Le piège infernal ...........................................................87
– 5 – L'écharpe de soie rouge ...............................................119
– 6 – La mort qui rôde ......................................................... 149
– 7 – Édith au Cou de Cygne ................................................ 179
– 8 – Le fétu de paille ........................................................... 210
– 9 – Le mariage d'Arsène Lupin ........................................233
Œuvres de Maurice Leblanc .................................................266
À propos de cette édition électronique ................................ 268
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Les jeux du soleil
– Lupin, racontez-moi donc quelque chose.
– Eh ! que voulez-vous que je vous raconte ? On connaît
toute ma vie ! me répondit Lupin qui somnolait sur le divan de
mon cabinet de travail.
– Personne ne la connaît ! m'écriai-je. On sait, par telle de
vos lettres, publiée dans les journaux, que vous avez été mêlé à
telle affaire, que vous avez donné le branle à telle autre… Mais
votre rôle en tout cela, le fond même de l'histoire, le
dénouement du drame on l'ignore.
– Bah ! Un tas de potins qui n'ont aucun intérêt.
– Aucun intérêt, votre cadeau de cinquante mille francs à la
femme de Nicolas Dugrival ! Aucun intérêt, la façon mystérieuse
dont vous avez déchiffré l'énigme des trois tableaux !
– Étrange énigme, en vérité, dit Lupin. Je vous propose un
titre : Le signe de l'ombre .
– Et vos succès mondains ? ajoutai-je. Et le secret de vos
bonnes actions ? Toutes ces histoires auxquelles vous avez
souvent fait allusion devant moi et que vous appeliez L'anneau
nuptial, La mort qui rôde ! etc. Que de confidences en retard,
mon pauvre Lupin ! Allons, un peu de courage…
C'était l'époque où Lupin, déjà célèbre, n'avait pourtant pas
encore livré ses plus formidables batailles ; l'époque qui précède
les grandes aventures de l'Aiguille creuse et de 813. Sans songer
à s'approprier le trésor séculaire des rois de France ou à
cambrioler l'Europe au nez du Kaiser, il se contentait des coups
de main plus modestes et de bénéfices plus raisonnables, se
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dépensant en efforts quotidiens, faisant le mal au jour le jour, et
faisant le bien aussi, par nature et par dilettantisme, en Don
Quichotte qui s'amuse et qui s'attendrit.
Comme il se taisait, je répétai :
– Lupin, je vous en prie !
A ma stupéfaction, il répliqua :
– Prenez un crayon, mon cher, et une feuille de papier.
J'obéis vivement, tout heureux à l'idée qu'il allait enfin me
dicter quelques-unes de ces pages où il sait mettre tant de verve
et de fantaisie, et que moi, hélas ! je suis obligé d'abîmer par de
lourdes explications et de fastidieux développements.
– Vous y êtes ? dit-il.
– J'y suis.
– Inscrivez : 19 – 21 – 18 – 20 – 15 – 21 – 20
– Comment ?
– Inscrivez, vous dis-je.
Il était assis sur le divan, les yeux tournés vers la fenêtre
ouverte, et ses doigts roulaient une cigarette de tabac oriental.
Il prononça :
– Inscrivez : 9 – 12 – 6 – 1…
Il y eut un arrêt. Puis il reprit :
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– 21.
Et, après un silence :
– 20 – 6…
Était-il fou ? Je le regardai, et peu à peu je m'aperçus qu'il
n'avait plus les mêmes yeux indifférents qu'aux minutes
précédentes, mais que ses yeux étaient attentifs, et qu'ils
semblaient suivre quelque part, dans l'espace, un spectacle qui
devait le captiver.
Cependant, il dictait, avec des intervalles entre chacun des
chiffres :
– 21 – 9 – 18 – 5…
Par la fenêtre, on ne pouvait guère contempler qu'un
morceau de ciel bleu vers la droite, et que la façade de la maison
opposée, façade de vieil hôtel dont les volets étaient fermés
comme à l'ordinaire. Il n'y avait là rien de particulier, aucun
détail qui me parût nouveau parmi ceux que je considérais
depuis des années…
– 12 – 5 – 4 – 1…
Et soudain, je compris…, ou plutôt, je crus comprendre. Car
comment admettre qu'un homme comme Lupin, si raisonnable
au fond sous son masque d'ironie, pût perdre son temps à de
telles puérilités ? Cependant il n'y avait pas de doute possible.
C'était bien cela qu'il comptait, les reflets intermittents d'un
rayon de soleil qui se jouait sur la façade noircie de la vieille
maison, à la hauteur du second étage.
– 14 – 7…, me dit Lupin.
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